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Histoire d'intérêt

Hommage à Pelham Edgar
par C.H. Little

(Publié pour la première fois dans Canadian Author & Bookman, volume 58, numéro 4, été 1983)

J’ai rencontré Pelham Edgar en 1926 à la confrérie Zeta Psi (section de Toronto), dont nous faisions tous les deux partie. Il était alors dans le milieu de la cinquantaine, grand et élancé, il avait un regard perçant et des yeux foncés, d’épais sourcils et des cheveux abondants, lustrés et noirs. Son nez aquilin surplombait la plus grosse moustache que je n’aie jamais vue, et qu’on ne pouvait s’empêcher de regarder avec fascination. Puisque j’étais inscrit à un autre collège, je n’ai pas eu l’occasion d’assister à ses cours. Cependant, nous partagions tous deux un intérêt pour le Upper Canada College et le cricket, une activité qui le passionnait.

De nos jours, Pelham Edgar est reconnu comme « une figure éminente de la littérature canadienne » pour reprendre les dires de Northrop Frye. Il a été un excellent enseignant d’anglais, un critique de renommée et un fervent défenseur de la littérature canadienne qui ne faisait pas partie de ces écrivains qui font briller leur nationalité afin de compenser une écriture dont la qualité laisse à désirer. Il a édité cinq livres, et ses brochures, ses essais et ses critiques ont été largement publiés dans les plus grandes revues spécialisées de l’époque.

Toutefois, la plus grande réalisation humaine de M. Edgar, est la Fondation des écrivains canadiens qu’il a fondée pratiquement seul en 1931 et qui sera constitué en société en 1945. La raison d’être de la Fondation était d’être en mesure de fournir en tout temps une aide financière à « toute écrivaine ou tout écrivain canadien (en considérant également leurs personnes à charge) qui se démarque et qui est dans la misère ».

À la demande de M. Edgar, le gouverneur général Lord Bessborough est devenu le premier patron de la Fondation. L’éminent professeur, débordant d’énergie, a ensuite entrepris une tournée dans l’Ouest du Canada afin de faire connaître la mission de la Fondation. Un Conseil de gouverneurs composé de membres de grande renommée a été mis sur pied et, le 20 octobre suivant, une rencontre publique a eu lieu dans la Grande salle (Convocation Hall) de l’Université de Toronto, à laquelle ont assisté Robert Falconer, à titre de président, et d’innombrables personnalités importantes qui y ont prononcé quelques mots.

Les augures étaient bonnes, mais la crise économique a mis un frein à cette lancée. En somme, la Fondation avait de grands idéaux, mais aucune ressource financière.

Un exemple criant des conséquences de cette incapacité d’agir est le cas de Raymond Knister, un ancien étudiant de M. Edgar. Il avait publié deux romans à la maison d’édition Ryerson si bien accueillis par tous qu’on le considérait comme le romancier canadien le plus prometteur dans la veine de Thomas Hardy. Il avait édité pour la maison d’édition Macmillan Canadian Short Stories en plus d’avoir publié de nombreux ouvrages à son nom. Malheureusement, les marchés se sont écroulés, une maison d’édition a fermé ses portes et il a été contraint à la misère et au désespoir. En mai 1932, il a demandé à la Fondation un prêt de 400 $ pour l’aider à tenir le coup jusqu’à ce que ses nouvelles publications trouvent preneurs. Cependant, M. Edgar n’est parvenu à trouver aucun organisme au pays capable de venir en aide à M. Knister. Ce dernier s’est noyé au mois d’août suivant à l’âge de 32 ans seulement. Cet événement tragique a poussé Pelham Edgar et Lorne Pierce de la maison Ryerson à s’engager à trouver une source permanente d’aide financière indépendante de la générosité de la population afin de venir en aide aux écrivains en situation d’urgence.

Le premier ministre Richard Bedford Bennett a répondu à l’appel de M. Edgar. Dans le budget de 1933-1934, il a accordé un montant de 2500 dollars à titre de subvention annuelle à Sir Charles G. D. Roberts. Cette somme lui a été versée jusqu’à sa mort en 1943. La deuxième personne à bénéficier d’une aide financière a été Mme Marshall Saunders, qui vivait désormais seule et sans le sou à l’âge de 82 ans. Puisque la Fondation n’avait reçu aucun financement de la part du gouvernement, on appela la générosité de la population en 1943. Bien que cette demande d’aide financière ait été fructueuse, il était évident que la Fondation devait avoir en sa possession ses propres ressources financières afin de financer les demandes futures. M. Edgar a été le fer de lance d’une campagne visant la création d’un fonds de dotation permanent. Il a reçu le premier chèque à cet effet du comte d’Athlone, qui a été gouvernement général du Canada.

À la suite du décès de Sir Robert Falconer en 1943, M. Edgar lui a succédé à titre de président de la Fondation. Il a été l’instigateur d’un mouvement visant la constitution de la Fondation en société, ce qui fut fait en 1945. L’organisation de la Fondation a été remaniée : les idéaux fondamentaux sont restés les mêmes, mais des moyens concrets de trouver du financement et de le répartir ont été mis en place. À sa mort en 1948, il pouvait à tout le moins se réjouir d’avoir amorcé la concrétisation de son rêve : un organisme national permanent doté de ressources financières considérables et sûres lui permettant de soutenir et encourager des écrivains de talent dans le besoin au pays.

Tous droits révervés © 1983, CAA

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Raymond C. Hill, un généreux bienfaiteur
par Anthony Hyde et Suzanne Williams

Raymond C. Hull, natif d’Angleterre et arrivé au Canada en 1947, est devenu un exemple d’excentricité parmi les écrivains canadiens. Habitant à Vancouver, il ne s’intéresse à l’écriture que lorsqu’il atteint la trentaine, essentiellement à la suite d’un stage estival d’écriture créative à UBC. Au cours des prochaines années, il gagne sa vie grâce à divers petits boulots tout en poursuivant des cours d’écriture. Il commence alors à proposer ses œuvres, essentiellement des pièces de théâtre, à la CBC. Peu à peu, il connaît un succès suffisant pour écrire à plein temps, et il participe à la création des Gastown Players à Vancouver afin de produire ses propres pièces de théâtre (et celles d’autres auteurs) – surtout des mélodrames, comme The Drunkard et Wedded to a Villain. C’est après avoir écrit l'une de ces œuvres qu’il rencontre Laurence J. Peter, un pédagogue de Vancouver. En parlant de théâtre, Peter mentionne en passant à Hull son intérêt pour la sociologie des organisations. Hull est intrigué et laisse Peter parler jusqu’aux petites heures du matin. Il décide ensuite de collaborer avec lui à l’écriture de The Peter Principle qui devient un succès phénoménal. (Le « principe » se résume par la citation suivante : « Dans une hiérarchie, une personne tend à s’élever jusqu’à son niveau d’incompétence. ») Laurence Peter est décédé en 1990, Hull en 1985.

À sa mort, Hull légua tous ses droits d’auteur, ses droits de publication et ses redevances sur les œuvres écrites dont il était auteur ou coauteur – y compris sa part de redevances de The Peter Principle – à la Fondation des écrivains canadiens. Il légua également l’ensemble de son patrimoine (d’une valeur de 500 000 $) à la Fondation, générant pour l’organisme des milliers de dollars en recettes d’intérêts au fil des années. Parmi les autres bénéficiaires de son patrimoine, mentionnons la bibliothèque principale de l’Université de Colombie-Britannique, qui a reçu l’intégralité de ses livres, de ses notes littéraires, de sa correspondance littéraire, de ses carnets, de ses documents, dossiers et manuscrits constituant son œuvre littéraire publiée ou non, ainsi que le droit aux profits de toute publication, pour l’achat de livres d’écrivains canadiens; et la Bibliothèque publique de Vancouver, qui a reçu 100 000 $ pour acquérir des ouvrages d’écrivains canadiens.
Le legs Hull a été accordé à la condition expresse que l’argent soit investi et que seuls les intérêts provenant de ces investissements puissent servir à financer la mission de la Fondation, qui consiste à aider les écrivains canadiens dans le besoin.

Nous espérons que cette histoire saura encourager d’autres legs aussi importants, ou tout autre don sous forme de droits d’auteur, droits de publication et redevances sur des œuvres écrites comme auteur ou coauteur, qui pourront s’ajouter au fonds de dotation (investissements) et ainsi générer des revenus annuels permettant à la Fondation d’aider financièrement les écrivains canadiens dans le besoin.

Vous pouvez consulter la page Information sur les dons pour connaître la façon de participer à ce programme digne d’intérêt. Des reçus officiels sont délivrés pour tout don, legs ou hommage commémoratif.

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